Le monde s’urbanise rapidement, mettant nos ressources naturelles sous une pression croissante pour répondre aux demandes d’infrastructures, de terres, d’eau, de nourriture et d’autres besoins cruciaux. Selon le département des affaires économiques et sociales des Nations unies (UN DESA), 55 % de la population mondiale vivait dans des zones urbaines en 2018, et il prévoyait que cette proportion atteindrait 68 % en 2050. Le Rapport Planète Vivante 2020 du WWF a enregistré que l’urbanisation est l’une des tendances sous-jacentes à la destruction et à la dégradation de la nature ; et a souligné que le monde surexploite actuellement les ressources naturelles à un rythme sans précédent. L’indice Planète vivante 2020 montre “une chute moyenne de 68 % des populations surveillées de mammifères, d’oiseaux, d’amphibiens, de reptiles et de poissons entre 1970 et 2016. Les tendances démographiques des espèces sont importantes car elles constituent une mesure de la santé globale des écosystèmes”. Les infrastructures sont essentielles à la réalisation des ODD et, à l’échelle mondiale, nous construisons l’équivalent d'”un Paris par semaine” (Anderson, 2020) en nouvelles structures pour répondre à notre demande d’infrastructures. Les conséquences sur les ressources naturelles de la satisfaction de ce besoin d’infrastructures sont considérables. Nous devons intégrer la nature dans la conception des infrastructures afin de minimiser leur impact négatif et de les rendre positives pour la nature. Répondre à ces demandes croissantes, tout en protégeant la biodiversité, met à rude épreuve les ressources financières, tant au niveau national que local. Le rapport de l’étude intitulée “The Cost of Policy Inaction – the case of not meeting the 2010 biodiversity target” (Le coût de l’inaction politique – le cas de la non-réalisation de l’objectif 2010 en matière de biodiversité), commandée par la Commission européenne au cours de la dernière décennie, s’est penché sur la valeur monétaire de la perte de biodiversité dans le monde en raison de la non-réalisation de l’objectif 2010 en matière de biodiversité. Il a estimé de manière prudente que la perte de services écosystémiques et de biodiversité est évaluée à environ 740 milliards USD par an et que si la perte de biodiversité se poursuit au rythme prévu, le coût cumulé des services écosystémiques perdus depuis 2000 pourrait atteindre 20 000 milliards USD en 2050.


Infographie créée par The Natue of Cities à partir de données sources.

Le manque de financement est l’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés pour lutter contre la perte de biodiversité et la dégradation de la nature. Nous devons repenser fondamentalement notre relation avec la nature et transformer nos modèles économiques et nos systèmes de marché.

L’initiative de financement de la biodiversité (PNUD BIOFIN) estime que plus de 400 milliards de dollars US sont nécessaires chaque année pour protéger la biodiversité.  Cependant, seule une fraction de cette somme est actuellement mobilisée. Au niveau des gouvernements locaux, en particulier, les ressources financières sont principalement obtenues par le biais de transferts intergouvernementaux, de subventions et de taxes. Nombre d’entre eux ne sont pas viables à long terme. Le financement de la biodiversité a été mis à rude épreuve dans le cadre de la pandémie mondiale actuelle de COVID-19 (OCDE, 2020). Le rapport sur les risques 2021 du Forum économique mondial (WEF) classe la perte de biodiversité, les maladies infectieuses et l’échec de l’action climatique parmi les quatre principaux risques en termes d’impact dans le paysage des risques en évolution. La pandémie en cours a des répercussions humaines, sociales et économiques indéniables et a démontré la vulnérabilité et les inégalités inhérentes à nos systèmes socio-économiques. Une enquête menée conjointement par l’OCDE et le Comité européen des régions (CdR) dans 24 pays de l’Union européenne indique que la plupart des administrations municipales s’attendent à ce que la crise socio-économique liée au COVID-19 ait un impact négatif sur leurs finances, avec un dangereux “effet ciseaux” de hausse des dépenses et de baisse des recettes.  Cet “effet de ciseaux” est ressenti de manière encore plus aiguë dans les pays en développement. 

Le WEF reconnaît que “COVID-19 et la nature sont liés, la reprise devrait l’être aussi”. Selon le rapport “Future of Nature and Business” du Forum économique mondial, un parcours positif pour la nature dans les infrastructures et l’environnement bâti pourrait créer plus de 3 000 milliards de dollars d’opportunités commerciales et créer 117 millions d’emplois d’ici 2030. La cinquième édition du Global Biodiversity Outlook (GBO) a identifié les villes et les infrastructures durables comme l’une des huit voies de transition permettant de vivre en harmonie avec la nature et de réaliser la vision de la biodiversité pour 2050.

Infographie créée par The Natue of Cities à partir de données WEF

Plus récemment, le Dasgupta Review of the Economics of Biodiversity, publié en février de cette année, a souligné que nos économies, nos moyens de subsistance et notre bien-être dépendent tous de notre bien le plus précieux : la nature. “La nature est plus qu’un bien économique : elle a aussi une valeur intrinsèque. La biodiversité permet à la nature d’être productive, résiliente et adaptable.” Selon cette revue, les estimations de notre impact total sur la Nature suggèrent que nous aurions besoin de 1,6 Terre pour maintenir le niveau de vie actuel du monde. Et plus loin qu’il a estimé que “pour protéger 30% des terres et des océans de la planète et gérer efficacement ces zones d’ici 2030, il faudrait un investissement moyen de 140 milliards de dollars par an.”

Amener la conversation au festival TNOC

Alors que nous envisageons la voie de la récupération et de la re-conception des villes, il est crucial de considérer cela à partir d’une lentille qui reconnaît les limites planétaires, où la nature fait partie de la solution, et où les questions d’inégalité et d’injustice sont abordées. Il est donc de plus en plus nécessaire de mobiliser des ressources, non seulement pour répondre aux nombreuses demandes urbaines, sociales et économiques, mais aussi, et c’est important, pour garantir une gestion durable des écosystèmes et des ressources naturelles dont dépendent bon nombre de ces demandes. Il est largement reconnu que la mobilisation des ressources fait partie intégrante de la réalisation de nombreux objectifs mondiaux actuels, tels que le Cadre mondial pour la biodiversité post-2020, les objectifs de développement durable et bien d’autres.

Le Global City Biodiversity Center (CBC) de l’ICLEI a plaidé pour une mobilisation accrue des ressources et des investissements dans les infrastructures vertes et bleues, ainsi que pour la restauration des services écosystémiques, à l’échelle de la ville et de la région, dans le cadre de sa feuille de route pour la défense de la biodiversité en vue de la 15e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique. Cette initiative fait partie d’une action de collaboration entre ICLEI (au nom de la Global Taskforce of Local and Regional Governments), le Comité européen des régions, Regions for Sustainable Development, le Comité consultatif des gouvernements infranationaux (coordonné par Regions4 Sustainable Development et le gouvernement du Québec), le Group of Leading Subnational Governments toward Aichi Biodiversity Targets, et le gouvernement écossais.

Afin d’élargir le débat sur l’investissement dans le réaménagement des villes où la nature fait partie de la solution et où il n’y a pas de préjudice net pour la biodiversité, ICLEI a organisé et accueilli une session virtuelle au TNOC Festival 2021. Le thème de cette session, “Financer des villes plus vertes pour l’avenir que nous voulons”, était particulièrement pertinent compte tenu des conclusions de l’étude Dasgupta sur l’économie de la biodiversité publiée en février 2021. Il est de plus en plus urgent d’engager les investisseurs et les administrateurs des villes sur le thème de l’investissement, car les administrations municipales sont confrontées à des pressions croissantes pour faire face à la triple crise de la biodiversité, du climat et de la santé, alors que leurs sources de revenus diminuent de manière alarmante en raison des effets d’entraînement de la pandémie en cours sur l’économie et le tissu social à l’échelle urbaine et nationale.

La session “Financer des villes plus vertes pour l’avenir que nous voulons” a pris la forme d’une table ronde, qui a réuni des experts financiers, des investisseurs et des représentants des villes pour échanger des idées sur les approches, produits et solutions de financement innovants auxquels les villes pourraient avoir accès pour accélérer l’investissement et la transition dans les infrastructures vertes et bleues, la relance verte et les achats verts, afin de restaurer les écosystèmes et leur contribution aux personnes et de protéger la biodiversité. La session a donné l’occasion à certaines villes du Sud, Campinas au Brésil et Kochi en Inde, de présenter un concept de projet de leur ville respective au panel d’experts et d’explorer les possibilités de financement de la biodiversité, l’assistance technique et les solutions innovantes.

La session a été modérée par Mme Kimberley Pope, chef de projet et de communauté, Nature Action Agenda, au Forum économique mondial, et le panel d’experts était composé de Frédéric Audras, chef du département Développement urbain, planification et logement à l’Agence française de développement (AFD) ; Alexander Wiese, directeur général, coresponsable de l’Europe chez Bankers without Boundaries (BWB) ; et Aloke Barnwal, spécialiste principal du changement climatique, unité des programmes et coordinateur du Sustainable Cities Impact Program (SCIP) du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Les présentations des villes ont été faites par Gabriel Dias Mangolini Neves, ingénieur en environnement au Secrétariat de l’environnement et du développement durable de la ville de Campinas, et par le Dr C. Rajan, directeur : C Rajan, directeur du Centre pour le patrimoine, l’environnement et le développement (C-HED) de la municipalité de Kochi.

Le panel a abordé les questions suivantes : les facteurs les plus importants que les institutions de financement et les investisseurs recherchent lorsqu’ils examinent des projets et les experts ont partagé leurs idées et leurs conseils sur les changements qui pourraient être nécessaires pour rendre l’offre des deux villes plus attrayantes du point de vue des investissements et du financement. Les experts ont également échangé des informations sur les mécanismes et les options de financement et d’investissement qui sont disponibles et qui seraient les mieux adaptées aux projets des deux villes. Une discussion a également eu lieu sur les facteurs clés de succès et les mécanismes de gestion des risques qui doivent être en place pour que les investisseurs envisagent d’investir dans les projets. Enfin, les panélistes et les experts des villes ont discuté des capacités dont les villes ont besoin pour accéder au financement et concevoir des solutions innovantes en matière de durabilité. Ils ont également identifié certains des mécanismes et options disponibles qui aident les villes à renforcer ces capacités.

En conclusion, construire des villes plus vertes pour un avenir plus durable est possible, mais nécessite une action et une réorientation des investissements des secteurs public et privé. Les villes, en particulier, bénéficieront d’un environnement d’investissement favorable qui facilite l’accès aux mécanismes de financement et d’investissement et fournit des solutions de financement efficaces à tous les niveaux. La mobilisation des ressources est une question politique clé dans les consultations et les négociations sur le cadre mondial pour la biodiversité (GBF) post-2020, et est considérée comme faisant partie intégrante de la garantie de sa mise en œuvre efficace. Un groupe d’experts a été nommé en vertu de la décision 14/22 de la 14e Conférence des Parties (COP) à la Convention sur la diversité biologique (CDB), afin d’explorer, d’examiner et de faire des recommandations sur divers aspects de la mobilisation des ressources à inclure dans le GBF post-2020. Les rapports et recommandations du panel d’experts seront délibérés lors des sessions informelles et formelles de l’Organe subsidiaire de mise en œuvre (SBI). Les ambitions des villes et des régions concernant la mobilisation des ressources sont reflétées dans la Déclaration d’Édimbourg sur le GBF post-2020. Si nous pouvons mobiliser les ressources financières nécessaires pour soutenir la transition vers un avenir plus vert qui favorise le développement positif de la nature dans les villes, nous créerons non seulement de nouvelles opportunités pour les entreprises et de nouveaux emplois pour tous, mais nous renforcerons également le lien des villes avec la nature pour une planète plus durable, et pour l’avenir que nous voulons.

Autres ressources sur le financement des villes vertes

https://www.cbd.int/article/people-for-our-planet-aggregator

https://4post2020bd.net/resources/instilling-biodiversity-into-budgets-and-financial-schemes-how-to-shift-towards-a-greener-system/

https://4post2020bd.net/resources/dialogue-with-18-edinburgh-process/

https://www.citieswithnature.org/

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